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«Ma source d'inspiration est la vie ordinaire des gens»

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Muniam Al Faqir est considéré comme l'un des plus grands poètes du monde arabe. C'est un grand humaniste qui aime beaucoup le Maro

Muniam Al Faqir est considéré comme l'un des plus grands poètes du monde arabe. C'est un grand humaniste qui aime beaucoup le Maroc. Ses différents passages dans différentes villes du Royaume sont des moments d'élévation et de bonheur pour les amoureux du verbe. Le Matin : Vous avez été invité à plusieurs manifestations culturelles au Maroc et plusieurs associations marocaines ont tenu à vous rendre hommage. Qu'est-ce que cela représente pour vous '
Muniam Al Faqir :
L'hommage prend un caractère tout à fait particulier quand il émane de la société civile. Le tissu associatif, d'une manière générale, n'a pas d'autres buts que de servir l'art et les artistes. En plus, la société civile est plus proche du pouls de la société contrairement à d'autres institutions qui ont d'autres critères de choix et d'autres considérations. C'est pour cela que j'ai été très heureux quand la Fondation Mohammed Boukili m'a rendu hommage. C'était pour moi une forme de reconnaissance à l'ensemble de mes travaux.

L'un de vos romans s'intitule « Café Marrakech » en référence à l'un des cafés de la ville d'Essaouira. En plus des liens affectifs que vous avez avec le Maroc, ce lieu constitue-t-il pour vous une source d'inspiration '
Lors de l'un de mes précédents séjours à Essaouira, j'avais pris l'habitude de prendre, tôt le matin, mon petit déjeuner dans ce café idyllique en face de la mer. Le lieu m'a inspiré pour écrire un romain. La toile de fond concerne deux Irakiens qui se sont rencontrés dans cette charmante ville. Chacun d'eux veut faire un voyage, mais tous les deux sont prisonniers de mauvais souvenirs liés à la guerre, au terrorisme, à la frustration Devant tant de malheurs, les valeurs sont parfois en panne ou sont remplacées par d'autres. Comme si les gens doivent emprunter certains comportements pour s'accommoder du climat de la guerre. Quand un pays entre en guerre, les premières victimes sont les valeurs, la culture, la sérénité et le sentiment d'appartenance. La guerre doit être combattue et dénoncée par tous.

J'ai constaté dans certains de vos poèmes ce lien intrinsèque avec les grandes questions de votre pays, l'Irak, et celle du monde arabe. Pensez-vous que votre exil au Danemark renforce ce rapport que vous avez avec vos racines '
Cet exil est une négation de tout ce qui mène à la stabilité. Il est source de tristesse et de chagrin. Ce sentiment m'accompagne en permanence. L'exil isole les gens de leurs espoirs et de leurs aspirations. J'ai l'impression que cet exil forcé est une sorte de salle d'attente où l'on attend soit l'arrivée du pays ou la mort. Cet attachement au pays est le noyau initial du souvenir. D'ailleurs, mes poèmes sont en quelque sorte mes souvenirs. Cette mémoire individuelle liée à mes sources constitue pour moi un barrage contre les outrages du temps. J'ai un grand respect pour le Danemark. J'ai beaucoup de respect et de considération pour les Danois, mais mon inspiration prend source dans mes origines. Je sens, en effet, que je me sens étranger à la limite de l'isolement. Mais quand je suis au Maroc ou dans un autre pays arabe ce sentiment d'appartenance ce dégèle et se ravive. «Un jour à Kénitra», par exemple, est une promesse de souvenirs. Le lien est plus culturel que spatial. J'ai un penchant plus pour les personnes que pour les lieux qu'ils occupent. Une ville n'est pas uniquement une architecture et des pierres, c'est avant tout les personnes qui la composent. Ma source d'inspiration est la vie ordinaire des gens.

On vous considère comme l'un des plus grands poètes arabes contemporains, en même temps vous êtes romancier et dramaturge. Que signifie pour vous cette écriture multiforme '
C'est l'objet qui définit la forme d'écriture. À titre d'exemple, le débit des émotions, d'événements et de propos qui s'est constitué dans le projet d'écriture de «Café Marrakech » ne peut être contenu dans un poème. On se retrouve parfois devant un dialogue ou un monologue qui ne peut s'exprimer que par la prose. L'écriture est la vision de l'artiste sur la vie, les événements, les questions existentielles, la science et l'éthique.

Vous êtes l'une des figures emblématiques de la présence culturelle arabe au Danemark. Pensez-vous à des projets culturels entre associations culturelles arabes et danoises pour contribuer à réduire l'écart entre les deux cultures '
Les foyers de tensions existants à travers plusieurs pays musulmans ne nous facilitent pas la tâche. Le problème est d'ordre politique qui se répercute sur le financement des projets culturels. On encourage plus des rencontres telles que le dialogue des religions, auquel je préfère le dialogue des cultures, que des projets proprement culturels. Les cultures ont cette capacité de dialoguer contrairement aux religions qu'on instrumentalise et qui attisent les tensions. Toutefois, les rapports qui nous lient avec les écrivains danois sont cordiaux et fructueux. Actuellement notre association culturelle au Danemark «ASSUNUNNU » est en train de préparer, en collaboration avec la Fondation Boukili : Création et Communication, une rencontre culturelle au Maroc à laquelle prendront part l'écrivaine et ancienne ministre de la Culture danoise Grethe Rostboll, le secrétaire général du secrétariat des Arts et de la culture du Danemark et le directeur général des relations culturelles au ministère de la Culture en Irak, Akil Al Mandalaoui. Ces personnalités vont assister et participer à l'hommage qui sera rendu au grand artiste-peintre et éditeur Mohammed El Boukili à l'occasion de la 10e édition du Festival international des arts plastiques qui aura lieu au mois d'avril prochain à la ville de Fès.

La culture arabe au Danemark

Depuis les événements du 11 septembre, l'occident commence à accorder plus d'importance au monde musulman en général et arabe en particulier. « Un intérêt qui reste pour le moment plus politique et médiatique que culturel. Au Danemark, on donne plus d'importance actuellement aux questions liées à l'Islam. Au niveau universitaire, on a commencé à traduire au danois des 'uvres littéraires d'écrivains célèbres du monde musulman. Cependant, on est encore au stade des efforts individuels, en l'absence d'un cadre institutionnel qui peut donner plus de force à ce rapprochement culturel. Je saisis cette occasion pour souligner que les accords bilatéraux ne doivent pas être limités à l'éducation, mais intégrer la dimension culturelle », souligne le poète.

Source: LE Matin

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