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Quand la loi n'est pas appliquée, cela peut conduire à de violents dérapages : Le logement anarchique aiguise la contestation sociale

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La grogne sociale bat son plein dans tous les secteurs. Des diplômés chômeurs aux enseignants en passant par les prétendants

La grogne sociale bat son plein dans tous les secteurs. Des diplômés chômeurs aux enseignants en passant par les prétendants  à l'habitat social, personne n'est épargné. Plans d'aménagement non mis à jour, programme de logements sociaux lents à se réaliser, laxisme des autorités, tous les ingrédients sont  réunis pour attiser le feu de la révolte. Les deux protagonistes se rejettent la responsabilité. D'un côté, des citoyens qui s'estiment dans leur droit et défendent bec et ongles «leurs biens»; de l'autre côté, une autorité  qui ferme les yeux dans un premier temps pour mieux les ouvrir par la suite et crier à l'anarchie. Un dialogue de sourds ne tarde pas à s'installer provoquant l'ire des citoyens. Ces derniers poussés à bout n'hésitent pas à affronter les forces de l'ordre dans une tentative désespérée de faire entendre leurs revendications. Les confrontations sont  légion et deviennent inévitables. Quelle est la cause de cette situation' La loi existe bel et bien, mais est-elle réellement respectée'
Des cas  illustrant ce genre de situations ne se comptent plus à travers le pays et sont souvent rapportés par la presse. Malgré les efforts déployés pour reloger les bidonvillois en accélérant les programmes sociaux, les déficits en logements persistent.
A titre d'exemple, Agadir qui a été déclarée ville sans bidonvilles depuis 1998 souffre pour sa part du problème des constructions anarchiques qui prolifèrent dans certains quartiers périphériques. Les récentes tensions et heurts qui ont accompagné la démolition de constructions illégales à Aourir,  traduisent l'ampleur du phénomène. Des constructions ont poussé comme des champignons en toute anarchie et en l'absence du réseau d'assainissement, de revêtement des rues. Les autorités voulant arrêter le processus ont été confrontées à une violence inouïe des habitants. Résultat: des blessés de part et d'autre. Le prix à payer pour un laxisme et un laisser-aller qui ne dit pas son nom.
Par ailleurs et dans la province d'El Jadida, Douar Lamnadla situé près de Sidi Bouzid dans la commune rurale Moulay Abdallah a été pour sa part le théâtre d’affrontements musclés entre les habitants de ce douar et les forces de l'ordre venues démolir quelque 300 maisons anarchiques construites clandestinement.  Les autorités ont  dû battre en retraite devant la détermination des habitants. Ces derniers, las des promesses qui n'en finissent pas et qui sont relatives à un hypothétique programme de relogement, ne se sont pas laissés faire.  Leur action jugée  d'«héroïque» a encouragé d'autres douars à construire de façon anarchique, faisant fi de toute réglementation. Le feuilleton ne semble pas s'arrêter. Un cercle vicieux en somme.
Last but not least, Casablanca qui a eu le triste privilège d'avoir introduit le mot bidonville dans la langue française est, avec son célèbre quartier Sidi Moumen qui en abrite le plus grand nombre, un vrai cas d'école. L'un des points noirs de la capitale économique qui peine à reloger les habitants des quartiers «Thomas» et «Scuela». Le problème est d'autant plus épineux que les conditions inhumaines qui règnent dans ces quartiers, ont ravivé le sentiment d'injustice et  de révolte ayant abouti en partie aux événements terroristes de 2003. D'ailleurs en 2005, un projet pour reloger l'ensemble des habitants a été lancé et devait s'étendre sur 36 mois. Une assiette foncière de 113 hectares  lui a été dédiée afin de réaliser le projet Salam 1 destiné au douar Scuela (6372 familles) et le projet Salam 2 destiné au douar Thomas (3200 familles). Ce projet n'a pas respecté les délais impartis et pourtant il a fait l'objet de toutes les études techniques, financières et logistiques en vigueur. Les  habitants qui ne cessent de se poser des questions sur ce retard, dénoncent une mauvaise gestion du dossier et réclament une enquête pour éclairer toutes les zones d'ombre qui planent sur le dossier. S'agit-il encore une fois de clientélisme voire d'opportunisme' Les victimes sont  toutes indiquées et les viviers de la contestation bien alimentés. En attendant, le projet  d'un «Sidi Moumen» sans bidonville demeure une chimère, un rêve  qui restera peut-être à ce stade.
 Habitat insalubre, habitat anarchique quelle que soit l'appellation qu'on lui attribue, il correspond à un mal-être. Des constructions qui constituent en fait unr bombe à retardement. Le chômage, l'exode rural, les difficultés sociales en général ne font qu'attiser l'exclusion et la marginalisation. Quid de la réglementation ' Les textes existent bel  et bien. Le Maroc dispose  d'une loi 12-90 sur l'urbanisme. Il suffit juste d'en appliquer les dispositions, à commencer par le renouvellement des schémas directeurs urbains arrivés à leur terme. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le Grand Casablanca ne l'a toujours pas fait. Les textes sont pourtant clairs : l'article 3 de ladite loi stipule que «Le schéma directeur d'aménagement urbain  planifie, pour une durée ne pouvant excéder 25 ans, l'organisation générale du développement urbain du territoire auquel il s'applique». Ces dispositions sont renforcées par celles édictées par l'article 9  qui précise que « L'Etat, les collectivités locales, les établissements publics et les personnes morales de droit privé dont le capital est souscrit entièrement par les personnes publiques précitées sont tenus de respecter les dispositions du schéma directeur d'aménagement urbain ».
Par ailleurs, d'autres outils sont à même de  compléter ce dispositif. C'est ce qui ressort de l'article 13  de la même loi. « Le plan de zonage a pour objet de permettre à l'administration et aux collectivités locales de prendre les mesures conservatoires nécessaires à la préparation du plan d'aménagement et à préserver les orientations du schéma directeur d'aménagement urbain. A cette fin,  il définit l'affectation des différentes zones suivant l'usage principal qui doit en être fait telles que zone d'habitat, zone industrielle, zone commerciale, zone touristique, zone agricole et zone forestière; il délimite les zones dans lesquelles toute construction est interdite… », indique-t-il.   
Tout un arsenal juridique existe en la matière. Certes le foncier est connu pour ses procédures inextricables, mais reculer devant les difficultés  n'aboutirait qu'à une plus grande dégradation de la situation sociale. Le nombre de mécontents ira grandissant au risque d'exploser. Alors gageons sur une stricte application de la loi pour des lendemains meilleurs. En attendant, projetons-nous dans un monde  idyllique où il ferait bon de construire sa maison rien que sur présentation d'un plan d'architecte. Mais cela ne ferait probablement pas le bonheur de tous. Particulièrement des spéculateurs, de certains édiles et des incontournables ronds-de-cuirs. 

Nezha MOUNIR

Source: Libération

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