News central: Les malades se serrent les coudes Les malades se serrent les coudes ================================================================================ redaction on 02/12/2011 07:57:25 Traitement rigoureux, vigilance au niveau de la contagion, peur de tomber malade, et surtout crainte du regard des autres, tel est le quotidien des porteurs du virus VIH. Le soleil ne brille pas pour tout le monde en ce mardi matin à Casablanca. Le pavillon 23 du Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Ibn Rochd de Casablanca ressemble à un couloir de la mort. Un silence quasi religieux prête à l'endroit une ambiance triste et une atmosphère angoissante. Dès les premiers pas franchis dans le bâtiment réservé aux maladies infectieuses, on ressent la douleur de l'autre, son inquiétude et surtout son attente. Une longue attente qui prédit un avenir sombre et douteux. Ici, une vingtaine de patients séropositifs attendent leur tour pour la consultation. Venus de différentes villes, leur destin est le même. Ils doivent faire face à un quotidien pas comme les autres, celui d'un porteur du virus du sida. Khadija, une femme de 39 ans a appris à vivre avec sa maladie puisqu'elle porte le virus depuis 11 ans. «J'ai appris que j'étais séropositive par pur hasard. En effet, en l'an 2000, je me suis tout simplement rendue dans une caravane pour faire un don de sang lorsqu'on m'a informée que ce ne sera pas possible. Je porte le «maudit» virus VIH. C'était le choc de ma vie. Je ne savais plus quoi faire. Jusqu'à aujourd'hui, je ne connais pas la cause. Je n'avais jamais eu de relations sexuelles, je n'ai jamais utilisé des affaires qui ne m'appartenaient pas, je ne me suis jamais droguée, cependant je suivais des séances de soins dentaires. Tous mes doutes s'orientent donc vers cette probabilité», confie-t-elle. «Heureusement, en me rendant à l'hôpital, j'ai fait la connaissance du personnel de l'Association de lutte contre le sida qui m'a aidée énormément en m'expliquant la maladie qui, bien qu'elle soit connue, était un mystère pour moi et en me prenant en charge (médicament et soutien psychologique) Aujourd'hui, hamdolilah, j'ai un mari très compréhensif et trois enfants qui me donnent la force de vivre. Ma maladie reste un secret que je n'ai pu dévoiler qu'à ma s'ur. Même si 11 années se sont écoulées depuis que j'ai chopé ce virus, je ne me sens pas capable d'affronter les réactions de ma famille et de mes proches. Pour être sincère, les seules personnes avec qui je me sens à l'aise en parlant de ma maladie sont les autres malades», poursuit Khadija. Même son de cloche pour Khalid, jeune homme de 24 ans, qui porte le virus depuis plus de deux ans. Lui aussi se sent mieux lorsqu'il partage son expérience avec les autres. «Le sida, je pensais que ça n'arrivait qu'aux autres. Etant jeune, je ne pensais qu'à m'amuser et j'ai payé cher. Me voilà aujourd'hui atteint d'un virus qui m'accompagnera toute ma vie. Je suis actuellement sous trithérapie. C'était très difficile au début. Je me suis replié sur moi-même. Je ne pouvais en parler à personne, surtout pas à mes proches. Heureusement, grâce à l'Association de lutte contre le sida, ça a été plus facile d'en parler avec des gens qui ne me connaissent pas, sans jugement», raconte-t-il.Suite à ses différentes tournées de dépistage, l'Association de lutte contre le Sida (ALCS) découvre de nouveaux cas qui sont par la suite orientés vers l'hôpital pour prendre les soins nécessaires. «Notre association 'uvre dans la prévention de la maladie, la prise en charge globale des malades et la défense de leurs droits. Certains malades sont aussi membres de l'association. Tous ensemble, nous essayons de plaidoyer pour vaincre la maladie et arriver enfin à l'objectif de zéro nouvelle infection VIH, mais aussi vaincre la discrimination et la stigmatisation auxquelles les séropositifs font face», indique Ahmed Douraidi, coordinateur national de l'association. «Parmi nos activités les plus importantes figure la prise en charge totale des malades au sein de notre unité installée dans les hôpitaux de différentes villes. Cette prise en charge comprend les traitements médicamenteux, la prise en charge psychique avec l'aide des assistantes sociales formées spécialement pour cela et même les frais de transport au profit des malades qui préfèrent s'éloigner pour ne pas être jugés», poursuit-il.------------------QUESTIONS À : Pr. Hakima Himmich ' Présidente de l'Association de Lutte contre le Sida (ALCS).«Les séropositifs sont toujours dans la crainte que leur statut sérologique soit révélé»\' SELON VOUS, EST-CE QUE LES MAROCAINS SONT SUFFISAMMENT SENSIBILISéS AU SIDA \'Pour répondre à votre question avec précision, il faudrait disposer d'une enquête auprès d'un échantillon représentatif de la population, ce qui malheureusement n'a pas été le cas.Ce que nous observons dans notre association, c'est qu'à chaque sortie du CIDAG mobile (notre unité mobile de dépistage), à chaque fois que nous sommes en contact avec le public, il y a une grande demande de dépistage. Il nous arrive d'effectuer une centaine de dépistages par jour quel que soit l'endroit où nous nous trouvons. Mais l'offre de dépistage reste très insuffisante dans notre pays malgré les efforts de l'ALCS et plus récemment du ministère de la Santé.Concernant le préservatif, nous distribuons toutes les quantités dont nous disposons et la demande est très importante. En 2010, l'ALCS a distribué 912 589 préservatifs et nous aurions pu en distribuer beaucoup plus s'il n'y avait pas eu de ruptures de stock au niveau du ministère de la Santé qui nous les fournit.\' PARLEZ-NOUS DES DERNIèRES AVANCéES SCIENTIFIQUES POUR LUTTER CONTRE LE SIDA \'Le vaccin n'est pas encore au point, loin de là. Maintenant, les principales nouveautés sont des molécules plus efficaces (exemple: le Maraviroc, non encore disponible au Maroc), mais surtout la prévention. En effet, après des décennies pendant lesquelles on a répété «abstinence, fidélité et préservatif», on voit que ce message arrive à ses limites. Aujourd'hui, on parle de prévention combinée, prévention par le changement de comportement mais également par des dispositifs médicaux, comme les traitements post-exposition ou même pré-exposition qui ont prouvé leur efficacité dans des études. Il s'agit maintenant de voir ce que cela donne sur le terrain. Exemple: un gel microbicide ou un comprimé pris avant un rapport sexuel avec une personne potentiellement contaminante ou même après, peut empêcher la transmission. C'est un procédé particulièrement adapté aux femmes qui sont plus vulnérables (violence, viol, rapports sexuels forcés). Autre grande nouveauté, le traitement d'une personne vivant avec le VIH diminue de sa contagiosité, c'est le concept du «traitement comme prévention».\' COMMENT UN SéROPOSITIF VIT-IL DANS LA SOCIéTé MAROCAINE \'Au Maroc, une personne vivant avec le VIH est toujours dans la crainte que son statut sérologique soit révélé, car cette révélation peut engendrer son rejet de la part de son entourage (famille, amis, collègues), mais aussi un licenciement abusif. Sans oublier la discrimination et la stigmatisation auxquelles ils font face. A travers notre travail à l'ALCS, nous avons connu plusieurs de ces cas. Cela est dû à l'ignorance des modes de transmission du VIH/SIDA et aussi aux fausses croyances entourant cette infection. Source: LE Matin