L'action prend les devants
Contrairement à la presse traditionnelle, jugée abstraite et généraliste, le journalisme civique prône une démarche pragmatique.
Contrairement à la presse traditionnelle, jugée abstraite et généraliste, le journalisme civique prône une démarche pragmatique. Aux Etats-Unis, le journalisme civique est apparu dans les années 90 et, actuellement, ce sont quelque 45% des journaux américains qui ont investi ce secteur. Cette discipline, qui vise la proximité, a pour objectif d'impliquer les populations dans la vie locale via la réalisation d'actions concrètes. « Le journalisme civique cible le citoyen en privilégiant l'action. Il approche les lecteurs des problèmes de la société pour les inciter à trouver des solutions, tandis que les médias traditionnels (journal, TV et radio) privilégient le marché, la diffusion à grande échelle et visent les institutions», a indiqué Abdelouahab Errami, professeur à l'Institut supérieur de l'information (ISIC), lors d'un atelier organisé dernièrement à Rabat sur le thème «Le journalisme d'investigation et son articulation avec le journalisme civique ». Une rencontre initiée par le Centre Ibn Rochd d'études et de communication à Rabat, en partenariat avec l'Association marocaine pour le journalisme d'investigation (AMJI). Aujourd'hui, le journalisme civique prend son ampleur, car il est favorisé par l'apparition de nouveaux médias: blogs, forums sociaux, etc. «Des études ont montré que la presse écrite aux Etats-Unis a décliné chez les personnes dont l'âge se situe entre 18 et 30 ans. Les Américains passent cinq fois plus de temps sur Internet », a ajouté Errami. Sur le terrain, les exemples de journalisme civique se sont multipliés. Ils peuvent prendre la forme d'assemblées générales des habitants d'une localité (Town meeting), pour discuter des priorités de la collectivité. Sur ce registre, la démarche du Wisconsin journal, qui étudie les projets des candidats politiques pour dévoiler les défaillances de leurs programmes et participer à la prise de conscience des électeurs, est un exemple du journalisme civique. Le Bremerton Sun magazine, lui, a mobilisé toute une population pour sauver une forêt de 300 ha. Pour ce faire, une formation de 150 volontaires a été organisée pour sensibiliser les habitants et permettre la collecte de 70 millions de dollars, qui ont permis d'acheter aux enchères cette forêt. Quant au Dayton Daily News, il a organisé plus de 600 rencontres en invitant plus d'une centaine de spécialistes et de familles pour discuter des moyens d'éviter aux enfants de tomber dans la violence. Si le journalisme civique a connu des progrès outre-atlantique, il reste néanmoins moins connu dans les pays du Sud. « Il faut revoir le rôle de la presse traditionnelle, souvent généraliste, pour s'intéresser aux sujets qui favorisent le progrès de la société via la promotion du journalisme civique et d'investigation. Il faut laisser de côté les concepts en optant pour une démarche pragmatique qui cherche des solutions», a souligné Redouan Harrak, consultant auprès de l'organisation non gouvernementale néerlandaise de défense de la liberté de la presse «Free Press Unlimited ».Changement de société
L'information, c'est ce qui fait rupture de la norme sociale, dérange et crée l'événement : les trains qui arrivent à l'heure n'intéressent personne, il faut parler de celui qui n'arrive pas à l'heure. Né aux Etats-Unis, le journalisme civique (civic journalism ou public journalism) prend le parti contraire en choisissant de parler des trains qui arrivent à l'heure. Pour ses défenseurs, il n'est plus suffisant d'informer, il faut que ce qui se publie donne envie aux citoyens de participer à la vie locale. Un grand nombre des militants du « public journalism » ou « civic journalism» pensent que quand les lecteurs demandent, dans les études de lectorat, des « bonnes nouvelles », il ne s'agit pas de trains qui arrivent à l'heure ou de belles histoires. Selon eux, l'importance de l'information vient des possibilités d'action qu'elle crée et l'utilité d'un journal est liée dans sa capacité à aider au bon fonctionnement et au changement de la société.Source: LE Matin



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