L'affaire toujours dans l'impasse
Depuis le 17 avril, elles occupent l'entrée du ministère de la Santé au quartier administratif à Rabat, munies de chaises pliantes
Depuis le 17 avril, elles occupent l'entrée du ministère de la Santé au quartier administratif à Rabat, munies de chaises pliantes, de banderoles et de leurs voix retentissantes criant à tout bout de champ leurs revendications. Elles, ce sont 30 femmes médecins spécialistes de la promotion 2007. Leur problème est celui de bon nombre de leurs collègues. Mariées et mères de familles dans leur majorité, elles ont été affectées dans des zones éloignées du foyer conjugal. Mais ce n'est pas pour cela qu'elles sont montées au créneau. « On aurait rejoint volontiers nos postes de travail aussi lointains qu'ils puissent être. Ce qui nous a révoltées, c'est le favoritisme pratiqué par le ministère de tutelle en matière d'affectations », explique Loubna Refass, porte-parole des manifestantes. Comme preuve, elle évoque le cas de dizaines de femmes médecins de la même promotion qui auraient exceptionnellement été affectées pas loin de leurs domiciles conjugaux. « Alors que nous, on nous a fait subir un tirage au sort sans même nous en aviser. Si nous organisons ce sit-in aujourd'hui, c'est pour demander à ce que le tirage au sort soit appliqué à tout le monde sans aucune discrimination. Il n'existe pas d'autre solution », clame Loubna. Elle dit avoir épuisé, elle et ses cons'urs, tous les recours possibles pour faire valoir leurs droits. Après de longues discussions avec les responsables, engagées depuis 2008, elles ont recouru à la justice qui leur a donné raison. Montrant un tas de documents administratifs corroborant ses propos, dont des copies de différents jugements émis par les juridictions compétentes, Loubna explique les tenants et les aboutissants de cette affaire. « Nous étions 32 personnes à poursuivre le ministère devant la justice pour discrimination. Le verdict du tribunal de première Instance pour l'ensemble des procès a été sans équivoque : il a confirmé le non-respect par le ministère du principe de l'équité, tout en appelant à l'annulation des affectations contestées ». Le même jugement a été corroboré par la Cour d'appel pour 12 procès. En septembre 2010, la Cour suprême a refusé la demande en cassation présentée par le ministère. Le 25 avril, le département de Yasmina Baddou a effectivement annoncé, dans un communiqué de presse, l'annulation des affectations des femmes médecins qui s'estiment lésées. Une décision qui n'a fait qu'attiser la hargne de ces dernières. Et pour cause, après l'exécution des jugements, elles seront considérées comme étant fraîchement diplômées et seront réaffectées dans les zones jugées prioritaires par le ministère. C'est le retour à la case zéro selon les manifestantes. «Je connais deux médecins qui ont été réaffectées dans des régions plus éloignées que les premières», affirme la porte-parole des manifestantes qui évoque un « contournement de la procédure d'exécution de jugements définitifs qui nous ont donné gain de cause à tous les niveaux juridictionnels ». De son côté, le ministère se défend formellement dans son communiqué de tout favoritisme en matière d'affectations. «Le ministère adopte depuis 2008 une nouvelle approche visant la répartition équitable de ses ressources humaines entre toutes les régions du Royaume, selon une procédure transparente qui respecte le principe de l'égalité entre tous les médecins spécialistes pour ce qui est de l'affectation et du mouvement de mutation ». Le département de Yasmina Baddou se montre intransigeant sur la question. A ses yeux, accéder aux demandes des plaignantes reviendrait à faire de la discrimination à l'égard de près de 500 de leurs cons'urs des promotions précédentes qui, bien qu'étant elles aussi mariées et mères de familles, exercent dans des régions reculées. Par ailleurs, l'affectation sur l'axe Rabat-Al Jadida d'un nombre important de femmes médecins (qui représentent 60,5% de l'ensemble des médecins spécialistes diplômés) pénaliserait, selon la même source, les autres régions où les besoins en médecins spécialistes sont beaucoup plus pressants. « En aucun cas le ministère ne peut privilégier les intérêts privés d'un groupe de femmes médecins à l'intérêt public. Il ne peut pas non plus continuer à affecter l'ensemble des médecins spécialistes sur l'axe Rabat-Casablanca au mépris du principe de l'égalité entre tous les citoyens en matière d'accès aux soins ». Néanmoins, le département de Yasmina Baddou a fait durant les derniers jours preuve de plus de souplesse dans le traitement du dossier. D'abord, en débloquant les salaires des femmes médecins contestataires qu'elles n'ont pas perçus depuis 2008. Une mesure qui n'a pas pourtant donné entière satisfaction aux concernées. « Ce n'est pas que l'argent qui compte à nos yeux », rétorque Loubna Refass. « Nous sommes encore jeunes et prêtes à travailler dans les zones les plus reculées, mais à une seule condition : que nos affectations se fassent dans la transparence la plus totale et que tout le monde soit traité sur le même pied d'égalité». La deuxième « concession » offerte par le ministère de tutelle consiste à faire bénéficier les plaignantes, à l'instar de 43 de leurs collègues de la promotion 2007, du mouvement de mutation après une année de travail. Encore une fois, c'est loin de faire sauter de joie les concernées. Il ne s'agit, selon notre interlocutrice, que d'une demi-solution dépourvue de garanties. La véritable solution étant, selon elle, de procéder à un tirage au sort qui déterminera les lieux d'affectation de manière à ce que personne ne soit lésée. Entre la ténacité des manifestantes qui ne sont pas prêtes à céder un pouce de leurs revendications et l'intransigeance du ministère qui se retranche derrière l'intérêt général, le bras de fer dure encorePlus aucun privilège pour les médecins mariées
L'affectation loin du domicile conjugal et le déchirement familial, qui s'ensuit, ont été toujours une source d'angoisse pour les femmes médecins en formation. Avant 2008, une circulaire du ministère de tutelle donnait droit aux femmes médecins mariées d'exercer dans un périmètre de seulement 100 kilomètres loin de leurs foyers conjugaux. Un privilège qui a été supprimé après la mise en place de la stratégie 2008-2012 en matière de santé, laquelle a marqué un changement de cap dans la gestion des ressources humaines. La stratégie accorde désormais la priorité aux régions souffrant d'un déficit profond en la matière. Il se trouve que ces régions se situent toutes en dehors de l'axe Rabat-El Jadida qui est le plus convoité par les professionnels de la santé. Face à cet état de fait, les réactions des femmes médecins mariées de la promotion 2007 n'ont pas été les mêmes. 43 d'entre elles ont accepté leur sort et ont rejoint leurs postes de travail dans des régions lointaines, tandis que 30 autres, qui mènent actuellement le sit-in, tiennent encore tête.Source: LE Matin



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